La pédagogie Kodaly sous-diffusée en France

Pour enseigner la musique, quelle bonne idée Kodaly a eu de privilégier l’oral à l’écrit!

  • Vous aimez l’harmonie des chants à plusieurs voix?
  • Vous n’avez pas particulièrement apprécié vos années de solfège même si la musique vous intéresse profondément ? Peut-être avez-vous simplement entendu vos amis râler à propos de ces cours de solfège rébarbatifs, qui vous ont même découragé de vous y inscrire ? (et vous le regrettez maintenant)
  • Adulte*, vous souhaiteriez vous mettre à la musique mais ne savez pas comment allier pleinement votre pratique avec le confort et l’aisance apportés par la connaissance théorique ?
  • Vous êtes musicien et aimez être challengé dans votre pratique ?

Imaginez une pédagogie qui :

  • recommande l’immersion dans le plaisir de la musicalité: toutes les études de théorie se font après l’écoute/la pratique d’un morceau présentant la particularité étudié.
  • encourage la découverte progressive des concepts théoriques par le chant (même pour les instrumentistes),
  • s’appuie sur les mouvements du corps pour faciliter la compréhension de la pulsation et des rythmes (Kodaly appréciait l’approche de Dalcroze sur le sujet pour les adeptes des méthodes actives parmi vous),
  • et qui considère la musique comme une langue que tout le monde devrait aborder d’abord par une transmission orale (et donc par le chant), puis par l’écrit.

Cette pédagogie existe !

*Si Kodaly insistait pour que l’apprentissage de la musique se fasse dès la petite enfance, je considère que sa pédagogie est tout aussi intéressante à démarrer même adulte !

Les origines de la pédagogie Kodaly

Cette pédagogie a été travaillée et appliquée au début du XXème siècle par un compositeur hongrois : Zoltan Kodaly (1882-1967). Prononcez Kod-Aïe pour en parler autour de vous !

Ses pratiques ont été développées, réfléchies, améliorées au vu des autres pratiques de formations musicales existantes, et appliquées à grande échelle dans les écoles hongroises au siècle dernier (près de 50% des écoles primaires l’ont suivie!). Puis cette pédagogie a été reprise et exportée dans d’autres pays européens et américains où elle est très largement pratiquée encore aujourd’hui, dans les conservatoires et en établissement scolaire.

Est-ce un hasard si j’ai découvert cette pédagogie lors de mon premier stage TCM (voir mon article sur la Technique du Chanteur Moderne) animé par Allan Hubert-Wright, d’origine britannique  ?

Pour un historique détaillé complet sur la pédagogie Kodaly et son fondateur, n’hésitez pas à consulter les pages de références que je vous fournis en fin d’article, elles sont très bien documentées et mon but n’est pas de les remplacer ici !

Kodaly, une pédagogie intéressante pour les musiciens avancés comme pour les débutants

Détentrice du diplôme de fin d’études supérieures en Formation Musicale d’un conservatoire français, qu’est-ce qui a bien pu m’attirer dans la pédagogie Kodaly ? Et m’intéresser au point de me donner envie d’approfondir mes fondamentaux musicaux de cette autre manière ?

Je rêve de me reformer intégralement dans le programme international de leur institut hongrois! (et je n’exclue pas de le faire un jour d’ailleurs !)

Laissez-moi illustrer ce qui me plait avec l’exemple d’ un apprentissage d’un chant à 3 voix :

  • Pour une fois, il ne faut pas choisir sa voix dès le départ, mais tout le monde apprend toutes les voix (donc pas de temps mort et connaissance fine de ce que font les autres voix);
  • Chaque phrase est entendue puis répétée sans partition (directement avec les paroles) plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle soit apprise par une majorité du groupe, les derniers se rattrapent (que ce soit pour les notes, ou pour les paroles) en écoutant les voisins. Finies les partitions qui restent dans les mains pendant des mois et qu’on a peur de lâcher parce qu’elles nous rassurent, on peut se concentrer sur l’écoute de soi et des autres très rapidement au prix d’une grande concentration lors de l’apprentissage.
  • Quand un mouvement mélodique n’est pas bien compris, ou qu’une personne tend à changer de note trop tôt ou trop tard, on reprend la phrase mélodique en chantant le nom des notes, aidés par la main dirigeante qui signe ces notes (les signes de main de Curwen auxquels Kodaly a ajouté un mouvement vertical représentant la hauteur de la note). Ce qui aide à se faire une idée précise de la mélodie et permet de ne plus hésiter sur l’air à chanter si un passage est moins évident;
Gestes de la solmisation – ressources du site La Voix de Kodaly en France
  • S’il reste un problème de justesse, on reprend la phrase sur le son « ou » qui permet d’entendre si bien les harmonies avec les autres voix et d’ajuster sa propre production en fonction de l’harmonie du groupe;En option : quand les voix sont maitrisées, on peut rajouter une série de percussions corporelles variées, qui accentuent selon l’endroit où on les produit des sons plus ou moins forts, qui apportent une complexité et un intérêt musical accru. Pour une instrumentiste mélodique comme moi (ayant souvent eu les parties mélodiques au chant et au violon sans assurer les parties plus rythmiques des accompagnements), quel challenge (mental et de coordination), mais quel plaisir d’engager tout son corps dans la musique ! Je vous place un lien vers une vidéo d’exemple de percussion corporelle très connue des anglo-saxons dans les références de fin d’article si ça ne vous parle pas.
  • Autonomisation: pour commencer, on chante dans 3 groupes distincts groupés par ceux qui chantent la même voix. Puis on chante en se promenant dans la salle, en regardant et écoutant chaque personne que l’on croise. Puis on fait des sous-groupes de 3 personnes chantant 3 voix différentes, à proximité des autres groupes pour pouvoir entendre aussi quelqu’un d’autre assurant la même voix que nous. Puis on chante à 3 sans le soutien des autres groupes autour. Avec ces progression dans l’autonomie, et la qualité des échanges et de l’écoute des autres. Le résultat peut-être bluffant de justesse et d’autonomie de chacun. Si l’on peut s’appuyer sur les autres au départ, il faut progressivement prendre conscience de la pierre que l’on amène à l’ensemble, et de l’importance d’être solide et précis. Pour les petits comme les grands, c’est très fort!

La pédagogie Kodaly en France

Je souhaite vivement que cette pédagogie devienne intégrée plus largement en France aux enseignements musicaux: à l’école bien sûr de préférence, et dans les lieux d’enseignements de musique (écoles de musique et conservatoires)! On en est loin aujourd’hui et, à ma connaissance, seules quelques initiatives individuelles locales sont vues pour le moment grâce à l’énergie de quelques musiciens passionnés (j’ai eu vent par exemple d’un groupe qui cherche à se créer sur Paris pour pratiquer régulièrement ensemble des exercices Kodaly, je ne manquerai pas de mettre à jour les références en bas d’article si le projet se concrétise).

Par chance, il existe une association officielle de la pédagogie Kodaly en France, qui est portée par un musicien très compétent et charismatique : Grégory Hérail. Il organise depuis quelques années un nombre grandissant de stages courts pour former en France et en français les musiciens (pratiquants ou enseignants) à cette pédagogie. J’ai eu le plaisir de participer à 3 de ces stages (éveil musical, et outils pour les musiciens) et je recommencerai sans hésiter. Grégory Hérail dirige également une école de musique sur Lyon à laquelle j’adorerais pouvoir inscrire mes enfants (mais la Bretagne est un peu loin malheureusement…), et un chœur accessible aux adultes en soirée. (Lyonnais, courrez-y !)

Ses stages font grandir le cercle des initiés en France, et permettront de faire rentrer ces pratiques progressivement dans notre culture, espérons que le mouvement prenne de manière exponentielle ! (Je compte sur vous pour participer à votre échelle en diffusant le message, hein !)

En parlant de stages, le prochain est organisé pendant les vacances de la Toussaint, n’hésitez pas à regarder les informations sur le site de Grégory si les inscriptions sont encore ouvertes, ou à vous renseigner sur les prochains stages où vous pourrez vous-même découvrir ou approfondir votre plaisir de la musique dans une pratique différente de vos habitudes.

Pour les anglophones, des stages plus longs sont souvent organisés en Angleterre et en Hongrie (certains cours en anglais, le reste avec le langage de la musique!) pendant les petites et les grandes vacances (tous les renseignements se trouvent sur le site de l’association française).

Et vous, aviez-vous déjà entendu parler de Kodaly ? Quelles sont les pratiques Kodaly dont vous avez connaissance près de chez vous ?

N’hésitez pas à les partager dans les commentaires ci-dessous.  Vos informations sont précieuses et pourraient permettre à d’autres lecteurs à proximité d’en profiter également !

Références

Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur la pédagogie Kodaly, voici quelques sites que je trouvé intéressant. N’hésitez pas à les découvrir !

  • Page de l’association française « La voix de Kodaly en France » promouvant la méthode Kodaly, très bien documentée, et pleine de ressource, dont les gestes de la solmisation
  • Page de l’école de musique lyonnaise de Grégory Herail  Bouge et Chante, qui je l’espère par ses enseignements et son modèle permettra à plein d’autres écoles de surgir sur notre territoire à son image
  • Page Wikipedia française sur Zoltan Kodaly, et son complément sur  la Méthode Kodaly
  • Article très intéressant de France Musique sur la pédagogie Kodaly, avec un éclairage possible sur la raison de sa faible diffusion en France à ce jour.
  • Video avec exemple de chant polyphonique et percussions corporelles « Bring me little water Silvy »

Stéphanie

  • […] de mes stages de musique Kodaly (n’hésitez pas à consulter mon article sur cette pédagogie ici pour en savoir davantage!), je serai désormais très attentive à l’ambiance de mon […]

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